Simon Rioux au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris
Il y a un an, j’entamais ma dernière année du programme de mise en scène à l’École nationale de théâtre du Canada. Tout juste avant de commencer l’année, on me parlait de cette possibilité : un séjour à Paris, en stage au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Ces deux grandes écoles de leur pays respectif ont depuis longtemps un dialogue de collaboration et là on m’offre cette chance de pouvoir étudier et apprendre entre ces murs remplis d’histoire de l’autre côté de l’océan. Tant de grandes figures y ont été formées, ne serait-ce que pour nommer Isabelle Huppert, Pierre Niney, Maria Casarès, Muriel Robin, Jonathan Cohen ou encore Laurent Lafitte. De mois en mois, cette expérience se concrétise, jusqu’à ce qu’arrive enfin le jour du départ.
Frédéric Dubois, directeur artistique de l’ÉNT, m’avait dit : « Tu verras, en entrant dans le Conservatoire, on ressent le lieu, quelque chose se passe. » Et effectivement, le lundi 18 mai, j’entre pour la première fois par la grande porte du CNSAD. Entre ces colonnes, ces miroirs, ces livres, ces grandes tables et ces costumes qui traînent un peu partout, on sent le théâtre. On le ressent. On entend quelques vers de Racine dans une salle adjacente et un cri tragique venant du troisième étage. On vit l’histoire, on ressent les années et, surtout, on entend la passion.
J’y suis accueilli par Marie-José Malis, responsable du master Jouer et mettre en scène, programme dans lequel je suis reçu pendant trois semaines. Elle m’explique de quoi sera constitué mon séjour et je suis tout aussi emballé : cours de jeu, observation de répétitions, classes de maître, entretiens et rencontres diverses. Moi, petit gars de la Gaspésie, je suis assis sur un banc du hall du Conservatoire de Paris et j’y passerai plusieurs semaines. Qui l’eût cru ! Déjà quelle chance d’avoir pu me former à l’ÉNT, et là ça se poursuit à Paris. Ça fait croire à la phrase que tout est possible si on le veut.
Première journée, et déjà on me présente à Jean-François Sivadier, metteur en scène invité au CNSAD. Il anime actuellement un stage d’un mois avec la moitié de la classe de deuxième année, avec laquelle il créera un spectacle l’an prochain. Pendant les deux semaines suivantes, j’ai la possibilité d’observer ses cours. De longues journées à le voir travailler à partir d’improvisations et autour d’auteurs tels que Shakespeare, Tchekhov et, comme par hasard, Jean-Luc Lagarce (l’auteur de Juste la fin du monde, la pièce que j’ai montée comme projet de finissant). Voir cette classe à l’œuvre m’impressionne profondément. Leur rigueur au travail et leur capacité à s’approprier des niveaux de langue aussi exigeants sont totalement fascinants.
Mes journées sont également ponctuées de rencontres, notamment avec Raphaël de Almeida Ferreira, directeur du Jeune Théâtre National, ainsi qu’avec André Markowicz, dramaturge et traducteur avec qui j’ai la chance d’échanger sur Tchekhov, la traduction et la poésie.
Finalement, une nouvelle porte s’ouvre pendant mon séjour : je peux assister aux répétitions du nouveau spectacle de Julien Gosselin, celui qui sera présenté en ouverture du Festival d’Avignon, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, en juillet prochain. Quelques soirs par semaine, je me rends aux Ateliers Berthier pour observer cette immense machine où une quinzaine de personnes travaillent simultanément, aux côtés d’une distribution tout aussi imposante.
Ce séjour à Paris, en plus de me permettre de rencontrer des artistes d’expérience comme ceux de demain, me fait naviguer entre salles de répétition et théâtres où je découvre de nombreux spectacles. Je m’imprègne de la culture française à travers les musées, les théâtres, l’opéra et les monuments emblématiques. Je me nourris de savoirs, d’expériences, de rencontres, d’envies, de connaissances et d’idées. C’est une expérience qui me marque profondément et qui, j’en suis convaincu, me marquera toute ma vie.
Simon Rioux, finissant du programme de Mise en scène (2026)