| SYLVAIN BÉLANGER
Par Christian Saint-Pierre
FRÉQUENTER LES CHEMINS DE TRAVERSE
Diplômé en 1997 du programme d’Interprétation, Sylvain Bélanger est directeur général et artistique du Théâtre du Grand Jour, une compagnie qui orchestre depuis dix ans des expériences théâtrales innovatrices, singulières et parfois même subversives, des spectacles qui sortent des sentiers battus pour aller à la rencontre de nouveaux publics.

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Marc Dussault
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En 2002, le Grand Jour frappe fort avec Mai 02 – Liberté à la carte, une aventure théâtrale aussi atypique que son public : C’était une action directe sur le spectateur, affirme Bélanger, comme un électrochoc pour qu’il s’implique. Il y avait là des gens qui ne vont jamais au théâtre. » Conduit d’une station à l’autre par des chauffeurs-acteurs, le spectateur, témoin de situations limites, profondément interpellé, tente de démêler le vrai du faux, de tracer une ligne entre la réalité et la fiction. Celui qu’on nomme le « client », non sans ironie, est plus seul que jamais, seul pour apprivoiser sa liberté et, surtout, pour assumer les choix qui en découlent. Par le biais d’une expérience tout à fait intime, le Grand Jour explore, ici comme ailleurs, des préoccupations éminemment collectives : « La démarche du Grand Jour a toujours été d’aborder la question de la responsabilité sociale, tout en évitant les clichés des rassemblements ou du théâtre à pancartes. C’est du théâtre de recherche, en fait. Nous souhaitons atteindre le spectateur le plus intimement possible. Dans une collectivité, l’individu a des échappatoires, il peut prétendre qu’il ne se sent pas concerné, rire en même temps que tout le monde et se fondre dans la masse. Seul, dans une voiture, avec un acteur qui lui parle et le regarde dans le blanc des yeux, il n’en a pas, d’échappatoire; il y a nécessairement une réflexion qui s’opère. »
« Nous souhaitons atteindre le spectateur le plus intimement possible. »
LIVRAISON À DOMICILE
À l’automne 2006, Bélanger et son équipe mettent sur pied Les Grands Responsables, une expérience de théâtre à domicile. Cette fois, les créateurs entrent littéralement dans l’intimité du spectateur en investissant son salon : Nous avons toujours fréquenté les chemins de traverse, tenté de redéfinir le geste théâtral, de s’éloigner le plus possible de ce qu’on appelle le théâtre pour rencontrer de nouveaux publics, dans des contextes hors de l’ordinaire. Chaque fois, nous essayons de voir jusqu’où on peut aller. En ce sens, Les Grands Responsables, que nous avons présentés dans des contextes aussi particuliers que des anniversaires de décès et de mariage, nous ont permis de toucher des gens qui n’ont pas l’habitude d’aller au théâtre. Je pense qu’il y a des manières d’aller encore plus loin, d’engager encore plus le spectateur. Tout ça est risqué et c’est tant mieux. S’il n’y avait pas de risque, honnêtement, ce serait bien ennuyant. »
Sylvain Bélanger fait en sorte que chacune des productions du Grand Jour touche un nouveau public : Nous avons deux façons différentes de nous adresser à de nouveaux publics. Certains de nos spectacles sont plus radicaux et d’autres sont plus discrets, mais tout aussi efficaces. Je considère que le travail de l’artiste n’est pas de changer le monde dans lequel il vit, ni même de sauver son prochain, mais bien d’élargir les consciences. » Cette passion pour les enjeux sociaux et les débats idéologiques, c’est à l’École que Sylvain Bélanger a compris qu’il s’agissait d’une force : Avec André Brassard (à l’époque directeur artistique de la section française, NDLR), il y avait ce qu’on appelait le cours dequestions. Ai-je besoin de vous dire qu’il s’agissait de mon cours favori ? On parlait de guerre, d’avortement, de souveraineté... Ç’a été un gros déclic pour moi, comme un avertissement : fais du théâtre, mais n’oublie pas dans quel monde tu vis ! J’ai besoin de sentir que ce que je fais est plein, nourri, intéressant, utile, que ça concerne quelqu’un, que ça sert à quelque chose. »
Comédien et metteur en scène, Sylvain Bélanger devient cofondateur et directeur artistique du Théâtre du Grand Jour en 1998. En 2004, à La Licorne, il signe sa toute première mise en scène : Cette fille-là, une pièce de Joan Macleod traduite par Olivier Choinière. À l’automne 2007, il fera découvrir aux Montréalais une pièce de Bernard Lagier défendue par Erwin Weche, Moi chien créole, créée en Guadeloupe ce printemps.
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