| Les anciens :
ça les allume!
par Raymond Bertin
Quatre éclairagistes, quatre
parcours, quatre visions
Dans leurs différents champs
d'activité, ces anciens et cette ancienne du programme
de Production, qui ont choisi l'éclairage comme spécialisation,
parlent de leur métier : il est question de choix, d'émotions,
de passion, de responsabilités.
Guy
Simard (Production, 1975)
Référence incontournable
du domaine de la lumière, Guy Simard a collaboré
à plus de 300 productions au théâtre et à
lopéra, comme concepteur déclairages,
directeur technique ou de production, ou consultant technique.
Après des études en sciences pures au cégep,
il conçoit ses premiers éclairages au Théâtre
de la Marjolaine et au Théâtre de QuatSous,
puis entre à lÉNT en 1973. « Je
suis venu pour apprendre les autres aspects du métier :
la régie, la machinerie, le maniement des cintres, la construction
de décors, le son... »
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Guy Simard |
Dès 1976, il est directeur de tournée
pour le Théâtre du Nouveau Monde, puis, de 1978 à
1985, directeur technique et de production pour la Compagnie Jean
Duceppe et lOpéra de Montréal. Il abandonne
alors la direction technique pour se concentrer sur la conception
déclairages.
« Pour moi, le rôle de
la lumière est de mettre les choses dans le contexte approprié,
en se concentrant sur les acteurs ; léclairage est
complémentaire à la scénographie. Une bonne
conception déclairages doit suivre la ligne dramaturgique
pour créer les ambiances voulues, susciter les bonnes impressions
chez le spectateur. »
Plusieurs fois lauréat du Masque
de la conception des éclairages, Guy Simard retient avant
tout la diversité des projets auxquels il a collaboré
: « Jai toujours essayé de me surprendre,
de soupeser la pertinence de mes choix ; de me renouveler. Bien
sûr, il y a eu « des hits et des bides »,
mais cest la continuité qui compte. »
Gagnant sa vie à Montréal et aux États-Unis,
il prend plaisir au théâtre, particulièrement
dans de petits lieux. « Excepté pour lopéra,
je ne travaille quavec des amis metteurs en scène
et scénographes. Je peux me permettre cette liberté. »
François
Roupinian (Production, 1999)
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François
Roupinian. Photo : Maxime Côté.
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Lorsquil est admis directement en
deuxième année au programme de Production de lÉcole,
François Roupinian a près de six ans dexpérience
en tant quéclairagiste. Du théâtre expérimental
à un gros show techno au Stade olympique, sa pratique est
diversifiée. Il a notamment fait un stage à Broadway
et passé un été au Banff Center for the Arts
en Alberta. Depuis sa sortie de lÉNT, passant du
multimédia à larchitecture commerciale, il
a entre autres conçu léclairage du Complexe
Newtown de Jacques Villeneuve et de lopéra électro-acoustique
LEnfant des glaces de
Pauline Vaillancourt. Il a créé Anima avec son « chum
dexpérimentation », le concepteur Michel
Lemieux.
« Je trouve important de toucher
à divers domaines. On est dans une ère où
plusieurs expériences théâtrales marquantes
ont intégré la vidéo ou la danse. Je suis
vraiment de cette époque
Je connais bien la technologie
: jai appris à travailler avec des « scans »
[projecteurs asservis ou « moving light »]
avant dapprendre ce quest une « Fresnel »
[projecteur de base à lentille simple et portes de grange].
Dans les spectacles que je fais, souvent, une machine peut remplacer
20 lampes. Ça me permet de faire de beaux concepts
déclairages avec peu déquipement, ce
qui facilite la tournée.
Le rôle de léclairage
est pour lui primordial : « Au théâtre,
il y a une relation très intime entre la mise en scène
et la lumière. Cest le vu et le non-vu, ce quon
veut montrer et ce quon veut laisser deviner. Pour moi,
lumière signifie émotion. »
Manon
Choinière (Production, 1988)
Pour avoir délaissé le métier
après une belle carrière déclairagiste,
Manon Choinière a une trajectoire singulière. « Jai
bifurqué vers le communautaire. Je me sentais appelée
ailleurs et javais des critiques à formuler, non
pas envers le métier déclairagiste, mais envers
le théâtre. Jai vécu une période
sombre sur le plan du propos théâtral. »
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Manon Choinière |
Concernant son arrivée dans le métier,
elle raconte : « Jai eu un départ assez
flamboyant. Avant de terminer lÉcole, javais
déjà des contrats. Je me suis retrouvée dans
les théâtres institutionnels, au Théâtre
de QuatSous, au Théâtre du Nouveau Monde. Jen
ai fait pas mal au début des années 1990, puis jai
eu envie de fonctionner avec de plus petites compagnies où
on a un impact plus grand sur le plan artistique. Jai travaillé
avec Momentum pendant cinq ans, jusquau spectacle
Helter Skelter, dont jai conçu la scénographie. »
Lépoque était aux spectacles
« hard »: « Jai commencé
à remettre en question la violence qui était sous-jacente
à plusieurs productions car lorsquon est éclairagiste,
on a une responsabilité, on contribue au propos. Jaurais
pu continuer sans dire un mot, mais faite comme je suis, je ne
pouvais pas me taire. Ça a été une décision
assez douloureuse pour moi de refuser certains contrats. Je savais
que je me mettais un peu hors piste. »
Manon Choinière fait encore des
éclairages, avec peu de moyens, dans des contextes autres
: groupes communautaires, centres de femmes, jeunes raccrocheurs.
« Cest en accord avec ma philosophie de la vie,
donc cest plus gratifiant. »
Étienne
Boucher (Production, 1999)
Alors quil étudie depuis un
an et demi la scénographie à lUniversité
du Québec à Montréal, Étienne Boucher
décide de tenter sa chance à lÉNT où
il veut parfaire ses connaissances en conception déclairages.
Il plonge alors dans ce quil aime le plus : « Mon
passage à lÉcole ma permis de comprendre
tous les éléments de la production et le rôle
que chacun y tient. Aujourdhui, franchement, cest
un médium avec lequel je suis à laise, cest
devenu une seconde nature. »
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Étienne
Boucher. Photo : www.rage1.qc.ca.
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Bien quil
avoue « ne pas avoir fait le tour de la question »,
il a déjà plusieurs productions à son actif
et arrive à vivre en ne faisant que de la conception déclairages.
Il a notamment travaillé avec la
compagnie Persona Théâtre, sous la direction dÉric
Jean. « Le projet encore vivant de Camélias
ma apporté beaucoup de plaisir. Le décor très
sobre est composé uniquement de drapés blancs, immobiles.
Léclairage fait les changements de lieux et a donc
une grande importance. » Étienne a aussi participé
à la conception des éclairages des Parapluies
de Cherbourg, mis en scène par René Richard
Cyr. Il renouvellera bientôt lexpérience, avec
sensiblement la même équipe, pour LHomme
de la Mancha.
« Pour moi, les éclairages
sont les yeux du metteur en scène, les yeux de lauteur.
Ça explique tout, ça sert énormément
le spectacle. Par un changement déclairages, on peut
modifier toute latmosphère sur scène. »
Laspect monétaire est peut-être
le plus difficile du métier, car il faut pouvoir faire
beaucoup de productions pour vivre. Mais Étienne Boucher
dit se compter très chanceux, heureux de la façon
dont les choses se passent pour lui, chaque nouvelle production
représentant un nouveau défi.
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